VIEILLE GRANGE A FOIN D’ALPAGE

Vieille grange a foins d’alpage dans le canton de Zoug

La construction d’un chalet

La construction d’un chalet en altitude n’était pas un mince affaire. Le problème pour les chalets d’altitude est bien entendu le transport, qui se faisait avec un mulet et à pied, mais il y a aussi le problème de l’argent liquide (les paysans vivaient pratiquement en autarcie et avaient très peu de liquidité), et le problème de temps, la construction s’ajoutant au travail déjà très important de l’exploitation agricole pendant le court été montagnard. Heureusement que les familles étaient nombreuses, souvent trois générations actives étaient rassemblées dans la ferme familiale, et la solidarité avec les voisins était forte. Pour un grand travail comme celui de construire ou de rénover un chalet, tout le village se mettait au travail.

Nous avons vu qu’aujourd’hui le besoin d’avoir une habitation en alpage n’existe plus vraiment pour l’exploitant. Mais même quand ils désirent conserver en état leurs chalets d’alpage, ils n’ont souvent plus ces moyens humains qui permettaient dans le temps de faire ces travaux. Par contre la contrainte financière est moins limitante qu’autrefois.

Pour ces raisons, les chalets étaient construits avec le maximum de matériaux trouvés sur place. Une solution est d’utiliser la pierre et la terre (ce type de construction économise le transport et l’argent, mais est assez long). Une autre possibilité est d’utiliser le bois, mais il fallait alors abattre, débiter et scier sur place en temps utile les arbres, puis monter le bois depuis le lieu d’abattage en forêt jusqu’au chalet.

La situation du chalet

Il parait évident qu’un chalet d’altitude est soit sur une crête soit dans un vallon. En fait cela correspond à une ambiance tout à fait différente. Le chalet de crête a une vue superbe sur des sommets lointains et des neiges éternelles, mais dans celui de vallon on a l’impression d’être isolé sur une terre complètement sauvage, et il est moins exposé au intempéries. Dans tous les cas, on se sent en montagne même après plusieurs semaines d’habitation : l’air, le soleil, la lumière, la végétation, et le souffle sont là pour le rappeler. On a pas tellement l’habitude de se trouver en montagne par mauvais temps, mais quand on habite en montagne, il faut bien que ça arrive de temps en temps. Le mauvais temps n’a souvent rien à voir avec celui « d’en bas » (ciel gris et pluie fine) : on a l’occasion de voir circuler les nuages, changer la lumière, de voir de la neige tomber en juillet, des mers de nuage, ou l’impression pas toujours rassurante d’être vraiment au cœur de l’orage…

L’herbe est relativement rase, au maximum elle arrive aux genoux. La pleine floraison a lieu en été. Les animaux sauvages sont visibles, surtout les marmottes qui rapidement ne s’effraient plus de nous voir vivre à quelques dizaines de mètres de leur terrier, il arrive même qu’elles s’approchent des chalets pour écouter la musique de la radio. On peut voir également des, grands tétras, des rapaces, et autres choucas. Pour le reste, on voit les traces, ou on entend des grands animaux (chamois, chevreuil, sangliers), et les renards, mais il est rare de les apercevoir.

L’atmosphère d’un chalet de moyenne altitude en été (vers 1700-1900) est assez différente et donne plus l’impression de campagne au printemps que vraiment de montagne. Il y a des bosquets, et même quelques arbres fruitiers, l’herbe est rapidement assez haute.

Ce climat rude en altitude, surtout l’hiver, impose que la construction soit basse, elle ne comprend en général qu’un rez-de-chaussée sous grange afin d’apporter le moins possible de prise au vent. Le chalet est construit dans la pente, la grange s’ouvre ainsi de plein pied, et le rez-de-chaussée est à demi enterré. Le grand côté est presque toujours selon la ligne de plus grande pente.

 

La charpente

Elle est d’autant plus simplifiée que le chalet est en altitude. S’il existe des charpentes complexes dans les villages, dans les chalets d’altitude elle est simplement constituée de triangles (fermes) et des trois pannes sablières et faîtière. Cet ensemble est simplement posé sur les murs de pierre, ou sur les colonnes des murs en bois (il y a quand même dans ce cas un assemblage à tenon et mortaise).

La poutre était réalisée dans un arbre qui avait le diamètre voulu, contrairement aux poutres modernes qui sont faites dans un bois de dimension supérieure, puis ramenées à la dimension en sciant quelques planches. La poutre traditionnelle a les coins plus ou moins arrondis laissant subsister l’écorce du tronc (ce que les pros appellent la flache). La partie centrale de la poutre a ainsi 4 flaches, le petit bout du tronc est parfois entièrement rond, et le gros bout parfois entièrement carré. Autrefois les plats étaient réalisés à l’herminette, mais ce travail était long et difficile. Une bonne scierie, bienveillante peut réaliser ce travail de façon tout à fait correcte. Ces poutres ont l’avantage d’avoir l’aspect traditionnel, mais elles sont également plus résistantes parce que le cÏur du bois est au centre de la poutre. On préférera le bois de montagne, parce qu’il est plus résistant que celui de plaine, et aussi parce que cela fait travailler les entreprises de montagne. De tout façon, la forêt est replantée. Les clous de charpente étaient forgés, de section carrée. Les bois portent les traces de chevillage, même des chevrons, cela témoigne d’une technique de construction encore plus ancienne. Pour planter les grosses pointes de charpentier il faut un certain coup de main.

Les granges vides de tout foin, les couvertures plus légères, les portes en mauvais état ou laissées ouvertes par des visiteurs inconscients (ou malveillants) font que les toits s’envolent plus facilement qu’autrefois. Le résultat est spectaculaire, il est courant de voir le toit posé à moitié hors des murs, il va rarement plus loin, en fait c’est comme le couvercle d’une casserole qui se soulève pour laisser échapper la surpression et se repose aussitôt. Pour faire face à ce risque, certains. préfèrent mettre un câble à chacun des angles de la charpente, et de l’ancrer dans le sol, ou à la base du mur avec une tire-fond. Cela n’est pas très beau, mais est sûrement efficace (je n’ai jamais vu un toit fixé arraché). Mais il me semble que la masse d’une couverture traditionnelle (surtout l’hiver avec la neige, époque la plus venteuse) et l’effet de remplissage du foin devraient suffire.

 La couverture

Elle est très dépendante des régions, mais comme pour le reste, le matériau de base est trouvé localement. Le chaume de seigle, le bardeau ou la lauze. Dans la vallée de l’Arvan, ces couvertures traditionnelles ne subsistent qu’à l’état de vestiges et dans la mémoire des anciens. Ils ont été remplacés entre les deux guerres par de la tôle galvanisée, et aujourd’hui par de la tôle ondulée pré-peinte. Ces matériaux ne retiennent pas tellement la neige et sont beaucoup plus léger que les matériaux d’origine. La toiture est d’autant plus exposée à s’envoler.

La pente du toit donne une indication pour savoir quelle était la couverture originelle. Une toiture en bardeau a une pente de 45° à 50°, Les anciens éléments de couvertures se retrouvent souvent réutilisés, par exemple les bardeaux deviennent des liteaux, des fonds de lit ou d’armoire, des lauzes servent de dallage ou pour écarter l’eau d’un mur,…

Si dans la vallée les planches sont épaisses de 3 cm environ, en altitude, l’épaisseur n’est que de 2 cm afin de limiter le transport. D’ailleurs la longueur de la période de gel limite d’autant plus l’effet du pourrissement du bois. Le bardeau de mélèze résiste bien mieux au pourrissement, s’il est bien rouge (c’est à dire qu’il n’est pas taillé dans l’aubier) il dure (parait-il) plus de 60 ans. En fait même en épicéa, il reste des toitures très âgées qui sont en moins mauvais état que des toits de tôle galvanisée plus récents. Que les bardeaux soient en mélèze ou en épicéa, dans les 2 cas, ils deviennent gris argenté en quelques années.

Ces planches sont clouées sur de forts liteaux avec des pointes galvanisées. L’étanchéité de la faîtière était à l’origine assurée en laissant dépasser au dessus du faîte les bardeaux du côté du vent dominant. Mais l’étanchéité n’est pas très facile à assurer ainsi. Une faîtière en tôle aurait tout à fait pu être réalisée au début du siècle, l’étanchéité est alors meilleure.

La lauze est une grande (et lourde) pierre de plusieurs centimètres d’épaisseur. Elle a par exemple une taille de 40 cm sur 60 cm, avec un ou deux trous en haut pour la fixer sur le toit. En altitude, elles ne sont utilisées que s’il est possible de les trouver pas trop loin. Elles sont disposées par rangées successives se recouvrant latéralement et verticalement.

Les gouttières sont constituées par un demi tronc d’arbre de 1 à à 15 cm de diamètre creusé en forme de rigole. Elle sont fixées par un morceau de branche qui a une forme de crochet, ou à défaut, par un bout de planche découpé (mais c’est moins solide).

Les murs en bois: En tout cas les pignons sont en bois, afin d’aérer le foin de la grange. En basse et moyenne altitude, le pignon est fait d’une simple épaisseur de planches légèrement espacées, ou bien d’un tissage de branches d’arcosses. En altitude, la neige et le vent imposent une plus grande étanchéité, la plupart du temps, avec une deuxième épaisseur de planches est posée en couvre-joint.

Selon l’exposition, le bois prend une patine argentée ou brun rouge selon l’exposition plus ou moins violente au soleil et à la neige. Les murs en bois sont parfois badigeonné de chaux blanche pour prolonger leur conservation. Les fentes dans les planches ou entre les planches sont colmatées pour se protéger des courants d’air. Tout est bon pour cela, la bouse est en fait le plus pratique comme isolant (et cela ne sent rien), mais à l’intérieur, de la toile cirée décorée ou des journaux collés ou fixés avec des punaises sont très souvent utilisés autour des lits. Dans les cas graves, une tôle ou des planches sont appelées au renfort.

Les murs d’étable sont plus simples, ils sont cloués en une seule épaisseur, bord à bord sur les poutres formant l’ossature du mur (colonnes et pannes sablières). Si une pièce d’habitation a un mur en bois, il est plus soigné, les planches sont souvent engagées dans des gorges faites dans les poutres de la charpente, les planches elles même sont de forte épaisseur (de 30 à 50 mm) et souvent bouvetées ou au moins un couvre joint est posé.

Les murs en pierre

La pierre utilisée est bien entendu celle qui est trouvée sur place. La montagne est pleine de pierres, mais quand on cherche des pierres pratiques pour construire un mur, on en trouve beaucoup moins. Les plus belles faces des pierres sont disposées à l’extérieur, le milieu du mur est colmaté avec de la terre prise dans les environs. Il faut qu’un nombre suffisant de pierres fassent toute la largeur du mur, afin de solidariser les deux demi-murs, ces pierres sont plus dures à trouver. Chaque pierre doit être bien stable, éventuellement avec des cales disposées à l’intérieur du mur. Les pierres qui sont en coin doivent être disposées afin de ne pas être chassée du mur par la pression sur les pierres.

Ce travail demande du soin, et de la patience car on a l’impression que ce travail n’avance pas. En restauration, on a tendance à choisir dans les décombres les pierres les plus commodes ce qui fait qu’au bout d’un temps il est nécessaire d’aller rechercher des pierres nouvelles pour compléter le stock disponible de belles pierres et de cales pratiques. La terre doit être bien minérale, il est pratique d’utiliser la terre rejetée par les marmottes en creusant leurs galeries, plutôt que la terre de surface qui comprend moitié de racines. Cette terre est malaxée avec de l’eau pour servir de remplissage dans les trous entre les pierres.

En vallée, les murs sont souvent crépis avec du mortier de chaux et de sable terreux. Bien entendu le crépis de ciment n’était pas utilisé, mais il n’y a pas d’avantage à l’utiliser non plus en restauration. D’abord le crépis de ciment est étanche, et l’aération du mur n’est pas suffisante, provoquant la condensation de l’humidité à l’intérieur, comme dans un ciré bien étanche. De plus, les murs crépis de ciment ont une couleur qui n’est pas celle du mortier traditionnel, et l’utiliser est une faute de goût comme d’agrandir les fenêtres, ou de renforcer un fauteuil Louis XV avec des cornières apparentes en inox. Le mieux est donc de faire un mortier de chaux sans ciment, avec du sable local afin que le mortier ait la couleur des pierres du pays.

Les murs des chalets étaient rarement montés avec un peu de mortier comme liant, cela n’offre que peu d’intérêt par rapport au mur monté avec de la terre. De toute façon, c’est la stabilité individuelle de chaque pierre qui fait sa solidité, surtout pour des murs qui ne font qu’un étage. Dans 50 ou 70 ans le béton de l’arche de la Défense ne vaudra plus grand chose mais le mur patiemment construit en pierre bien calées sera encore intact. Le crépis était par contre fréquemment utilisé en montagne, mais en altitude, seul l’intérieur de la cuisine est crépis pour économiser le transport.

Les ouvertures

Les fenêtres sont petites, la plus grande dimension est inférieure à 40 ou 50 cm. Il n’y a pas de volets, parfois des barreaux.

Les portes sont en planches, simplement clouées sur deux ou trois renforts horizontaux, sans assemblage. La porte d’habitation est plus travaillée, avec un encadrement cloué sur la face extérieure, donnant l’apparence d’une porte à caissons, et les planches ne sont pas simplement disposées bord à bord, mais bouvetées ce qui les rend plus étanches. Il est classique de trouver aujourd’hui des ouvertures consolidées avec un Z, mais cet artifice est complètement inconnu en montagne. Sans ce soutien indispensable pour renvoyer le poids de la porte vers son support, pratiquement toutes les portes de la région descendent du côté opposé aux gonds. Au fur et à mesure que le bois sèche et travaille, il faudrait déclouer et resserrer les planches pour rattraper le jeux, mais le plus souvent, la partie qui frotte sur le sol est rabotée, et un triangle est souvent ajouté au sommet de la porte pour rattraper.

Les clous des portes sont forgés, avec une tête carrée. Ils sont souvent utilisés de manière à former un décor. Les gonds sont enfoncés à la masse comme un gros clou dans le chambranle de la porte, et non pas vissés. Les pentures forgées sont clouées sur la porte au niveau des renforts.

Il n’y a jamais de cheminée, le tuyau de poêle sort d’un mur par un trou, et fait un virage pour monter au dessus du toit.

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